Lucie Le Guen
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Article
Je sais pas vous, mais dès que je m’approche de près ou de loin d’un coaching business, d’un programme de branding ou d’une roadmap marketing, je finis presque toujours par devoir répondre à une question bien bien reloue :
”Quelles sont tes valeurs / les valeurs de ton entreprise ?”
J’oscille entre deux réactions :
« J’en sais rien, je comprends pas la question, please send help ! »
« J’en ai 457, vous avez combien de temps devant vous ? »
Avec le temps, et avec ma pratique du (personal) branding, j’ai pris un peu de recul sur cette question.
Je me suis rendue compte que, comme beaucoup d’exercices qu’on répète à l’infini et ad nauseam (comme le fameux Start with why, le duo vision-mission, le client idéal et autres joyeusetés) ça n’a d’intérêt que si ça nous aide à avancer.
Alors si vous aussi vous êtes perdu·es face à cette question, cette édition est pour vous.
Je vous y propose un petit programme en 3 étapes (on adore quand il y a 3 étapes, c’est très satisfaisant pour le cerveau non ?) pour identifier vos valeurs, leur donner vie et surtout qu’elles vous soient utiles.
On y va !
1. Partir de l’existant
Petit disclaimer : cette approche n’est pas de moi. C’est un exercice que j’ai expérimenté pendant un des séminaires en présentiel du Mastermind Surf de Thomas Burbidge & co, dont je fais partie (ceci est un lien affilié).
L’idée de cette première étape est assez simple : au lieu de choisir des valeurs complètement arbitraires parmi une liste de 250 mots trouvée sur Google, on part de sa vraie vie pour observer ce qu’elle raconte.
On va regarder où vont aujourd’hui vos ressources principales : votre temps, votre argent, votre attention, votre énergie, et identifier les motifs récurrents.
Je vous propose donc un petit exercice d’écriture automatique à partir de ces questions. Certaines vous parleront plus que d’autres (la numéro 8 est, pour ma part, un gros « vous pouvez répéter la question ? »), c’est normal, répondez à celles qui vous parlent le plus.
Avec quoi je remplis le plus mon espace personnel ? On parle ici d’objets physiques.
À quoi est-ce que je consacre le plus de temps ?
Qu’est-ce qui me donne le plus d’énergie ?
Pour quoi est-ce que je dépense le plus d’argent ?
Où suis-je la plus organisée ?
Où suis-je la plus disciplinée ?
À quoi est-ce que je pense le plus ?
Qu’est-ce que je visualise le plus ?
À propos de quoi ai-je un dialogue intérieur ?
Quels sont mes sujets de conversation préférés ?
Qu’est-ce qui m’inspire le plus ?
Sur quoi ai-je des objectifs à long terme qui avancent ?
Sur quels sujets est-ce que j’aime apprendre ?
Pour vous donner une idée, voilà ce qui apparaît assez nettement chez moi :
je passe beaucoup de temps à travailler ou à gérer ma vie de famille. Sur mon temps libre, j’aime lire, cuisiner, fabriquer des choses avec mes mains, courir, réfléchir à des sujets métaphysiques et refaire le monde avec mes copaines
mes dépenses principales sont la nourriture (on mange 100% bio, ça chiffre), l’école alternative de ma fille, les vêtements (guilty) et les livres
ce qui m’occupe le plus l’esprit c’est des questions politiques (justice sociale et environnementale, féminisme…), mon travail et ce que je vais manger/cuisiner au prochain repas
j’aime apprendre sur tout mais surtout sur l’entrepreneuriat, l’écologie, le féminisme, la fiction/les récits, la politique, la cuisine et les crafts (tricoter, coudre, tisser, faire des tapis ou des savons par exemple)
Quand on met tout ça bout à bout, quelques gros motifs apparaissent. Je pourrais donc poser comme première hypothèse de valeurs : la création, le plaisir/fun, l’engagement et l’indépendance (au travail mais aussi dans mon mode de vie).
C’est pas inintéressant mais….c’est un peu plat non ?
2. S’amuser
C’est mon étape préférée (je vous ai dit que j’avais une grosse valeur créativité et plaisir ?) 😎
Ce qui me chiffonne dans l’exercice précédent c’est qu’il est extrêmement factuel. Or le (personal) branding est un travail de création et d’arbitrages : on peut choisir, on doit choisir. On veut certes partir du réel mais aussi créer une marque, une entreprise, pas juste une cartographie de nos émois intérieurs.
Alors la deuxième étape est de transformer ces idées/concepts en une formulation/incarnation concrète.
Quand je me suis penchée sur cet exercice dans le cadre de mon travail de (personal) branding à moi, j’ai décidé d’utiliser des paroles de chanson plutôt que des mots.
Aujourd’hui, mes valeurs ressemblent donc à ça :
« It doesn’t matter what you create if you have no fun » — Michelle Gurevich
« There’s a crack in everything, that’s where the light comes in » — Leonard Cohen
« We can be heroes, just for one day » — David Bowie
« You may say I’m a dreamer, but I’m not the only one » — John Lennon
J’aurais pu écrire « plaisir », « vulnérabilité », « engagement » et « imagination », mais ça n’aurait pas raconté tout à fait la même chose (et ça aurait fait une moins bonne playlist).
Ces phrases-là font naître en moi un imaginaire (et une furieuse envie de me déhancher). Elles me hérissent les poils de la nuque, me ressemblent, me font du bien. C’est un strike !
Selon vos références, votre métier et votre personnalité, vous pourriez faire la même chose avec des dialogues de films, des citations de livres, des personnages de fiction, des photographies, des œuvres d’art, des chansons, des couleurs…
Ensuite, faites-en une affiche au-dessus de votre bureau, un fond d’écran, un objet… Le tout étant de trouver une formulation qui vous fait quelque chose.
Vos valeurs sont d’abord une boussole pour vous. Elles doivent vous aider à prendre des décisions, à arbitrer, à augmenter la cohérence de votre entreprise/marque (et à avoir du fun).
Ensuite seulement, elles peuvent devenir un outil de branding.

Le recto de la carte postale que j’envoie à mes client·es.
3. Passer à la pratique
Le problème des “valeurs” souvent affichées sur une page “A propos” ou un powerpoint interminable d’entreprise, c’est qu’elles sont génériques et creuses. Okay on est toustes globalement d’accord que l’honnêteté, la transparence, le respect c’est cooooool. Mais ça nous fait de belles jambes !
Les valeurs deviennent vraiment intéressantes quand elles créent un pont entre « ce en quoi je crois » et « le monde que je suis en train de construire. ». Lorsqu’elles produisent du sens et des choix.
La dernière étape, c’est donc de travailler vos valeurs au coooorps, en deux temps (trois mouvements).
Etape 1. Qu’est-ce que cette valeur veut dire pour moi ?On se fiche ici de la définition du Larousse, on veut savoir ce que vous vous mettez derrière ce mot.
Par exemple, pour moi, « It doesn’t matter what you create if you have no fun » veut dire que rien (rien) ne vaut la peine si ça nous épuise et nous suce la substantifique moelle. Ca veut dire que je veux prioriser le plaisir, la joie et la santé physique et mentale plutôt que des signes extérieurs de réussite. Et que je m’engage à injecter du fun dans tout ce que je crée.
Etape 2. Comment cette valeur se manifeste concrètement ? Regardez trois endroits :
Dans votre business : qu’est-ce que vous construisez et comment ?
Dans votre relation avec vos client·es et vos offres : comment les accompagnez-vous ? Quels cadres créez-vous ?
Dans votre communication : qu’est-ce que vous racontez et comment le racontez-vous ?
Par exemple ma valeur “fun” s’incarne dans ma communication par une identité visuelle joyeuse, des photos qui sortent un peu du cadre et une certaine liberté de ton quand j’écris.
Reprenons ma valeur John Lennon : « You may say I’m a dreamer, but I’m not the only one ».
Ici, je célèbre le pouvoir de l’imagination et du rêve, la force qu’il y a selon moi à être un peu naïf·ve. Mais je ne parle pas seulement d’imagination individuelle, je parle aussi du super-pouvoir qu’est l’imagination collective.
Dans mon business : ça s’incarne par exemple dans le fait de rejoindre un collectif qui partage mes valeurs (toujours le mastermind Surf). Dans mes offres : j’explore de nouvelles façons de travailler et de regarder les choses, j’ai créé une offre de groupe qui fait la part belle à l’intelligence collective Dans ma communication : je contribue à faire circuler de nouveaux récits, je célèbre très régulièrement la naïveté, le fait de garder espoir et d’imaginer autre chose.
Au fil de l’exercice, vous rendrez peut-être compte que certaines de vos valeurs ne s’incarnent pas encore dans votre façon de faire. C’est parfaitement normal. Profitez-en pour revisiter votre méthodologie, arbitrer vos priorités du moment ou vous amuser un peu plus dans votre communication.
Un dernier mot quand même là-dessus : ne transformez pas vos valeurs en performance. C’est une direction dans laquelle on choisit d’avancer, pas une injonction de plus.
Ce que j’attends de mes valeurs aujourd’hui, c’est pas (seulement) qu’elles prouvent que je suis une personne formidable. Elles doivent (surtout) m’aider à clarifier la direction dans laquelle je veux aller et comment j’y vais.
Elles doivent mettre du vent dans mes voiles et de la cohérence dans mon entreprise.
Et, j’espère, dans les vôtres aussi.
Une fiction
Histoire de rester dans le thème, la fiction du jour est une chanson.
J’en dois la découverte à ma grande sœur préférée, qui s’occupe de me fournir en trouvailles musicales depuis plus de vingt ans (sans elle, j’écouterais probablement Juliette Armanet en boucle tous les jours).

Sans Avion, du groupe MPL illustre parfaitement la façon dont la culture populaire peut faire circuler des valeurs et des nouveaux récits, l’air de rien. C’est une chanson qui change notre perspective, elle nous fait regarder le monde autrement en 3:52 minutes et quelques couplets entêtants.
Et puis, elle donne elle aussi furieusement envie de se déhancher, ce qui ne gâche rien. Personnellement, je suis en boucle dessus depuis deux semaines et même ma fille en a marre (“Maman, tu peux arrêter de chanter cette chanson s’il te plaît ?”).
Si vous aimez celle-là, continuez avec Bonhommes puis Blanc, du même groupe, qui colleraient tout aussi bien à cette description.
Des bisous et à très vite,
Lucie.
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