Lucie Le Guen
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Guide
Depuis quelques temps, en appel découverte ou avec mes clientes, j’entends très souvent une variante de ça:
“Je sais écrire, et en plus j’aime ça, mais à force de dialoguer avec l’IA j’ai l’impression de ne plus y arriver”
“Je n’arrive plus à développer une idée sans demander à ChatGPT, ma capacité de réflexion est proche du néant”
Avant de continuer, petit aparté: 0 jugement là-dessus ici.
Notre époque est pleine de contradictions et difficile à naviguer.
D’un côté, on sait que l’IA générative représente un sérieux problème écologique, démocratique, social et même cognitif (tout ça est vrai).
De l’autre, on nous explique à longueur de journée qu’on ne peut pas faire sans cette “révolution”, que celles et ceux qui louperont le virage vont droit dans le mur et qu’il faut vivre avec son temps.
De quoi finir bien bien perdu·e pour peu qu’on ait un business, des valeurs et quelques neurones qui s‘agitent encore malgré la canicule.
Alors dans cette édition, je vous propose un petit guide de survie à l’IA avec des astuces et outils pour ré-apprendre à penser et rédiger par soi-même, pour le plaisir et la souveraineté.
Problème d’écriture ou problème de pensée?
En tant que personne qui a passé parmi les plus belles heures de sa vie à écrire des dissertations de 18 pages pendant 6h dans un amphi bondé, j’ai eu un sérieux entrainement au développement de pensée, à son articulation et à la rédaction.
Et je suis convaincue que le plus souvent, l’écriture n’est que la partie émergée de l’iceberg, la conséquence. La vraie problématique, c’est notre incapacité (ou, simplement, notre flemme) à développer nous-mêmes une idée pour en faire une pensée cohérente.
Le plus souvent ça se passe comme ça:
Je donne une idée à ChatGPT OU je demande à ChatGPT des idées
Je lui demande de m’aider à rédiger
J’améliore pour supprimer les tics de l’IA
Et pouf, j’ai “écrit” un post.
Alors que développer réellement une pensée demande de passer par plusieurs autres étapes en amont.
Démonstration.
1- Nourrir son (sexy) cerveau
Julia Cameron, autrice du best-seller Libérez votre créativité parle de “remplir la mare”: on ne peut pas pêcher (des idées ou des projets) dans un étang (cerveau) vide.
Remplir la mare, c’est ce qu’on fait quand on lit des livres, qu’on écoute des podcasts ou qu’on va à des conférences sur des sujets qui nous intéressent.
Mais ça peut être aussi écouter de la musique, lire de la fiction, aller au marché, discuter avec ses ami·es, aller au cinéma ou faire une randonnée.
Bref, vivre une vie humaine dans un corps humain.
Quelques pratiques à adopter:
lire, regarder et écouter des choses hors de son industrie aussi
lister des sources d’inspiration régulières (livres, podcasts, conférences, comptes réseaux sociaux) de personnes qui pensent autour des mêmes sujets que nous pour faire du ping-pong d’idées
aller marcher ou s’ennuyer: ça fait aussi partie du travail, le cerveau en a besoin pour faire des connexions intéressantes
avoir de vraies conversations avec des vraies personnes (celles qui ne pensent pas comme nous aussi)
2- Capturer les idées
Avoir des idées n’est pas difficile, on en a constamment (c’est le fameux “bruit du cerveau” qu’on essaie de faire taire en méditant, en cuisinant ou en courant des marathons).
Ce qui l’est plus, c’est de savoir les reconnaître quand elles arrivent et de les capturer. Il ne faut JAMAIS faire confiance à sa mémoire (même si on était champion·ne de Memory étant petit).
Non seulement il faut les capturer immédiatement mais aussi prendre l’habitude de les revisiter régulièrement pour voir lesquelles sont récurrentes, lesquelles nous intéressent toujours après quelques jours, avec quoi elles peuvent entrer en collision.
Quelques pratiques à adopter:
avoir un endroit de capture dédié (appli de notes, carnet papier, espace Notion..) et ne jamais se dire “je m’en souviendrai”: noter systématiquement
écrire sous forme brute, sans juger ni reformuler: juxtaposer permet de faciliter les connexions surprenantes (sources de créativité)
capturer aussi les phrases et idées qui nous accrochent dans les conversations, livres ou podcasts qu’on consomme, même si elles ne viennent pas de nous
relire ce qu’on a noté une fois par semaine environ pour voir ce qui émerge et ce qui nous “inspire”
3- Développer une pensée
A la fac, devant ces fameux sujets de dissertation, ma méthode était à peu près la suivante:
Analyser les termes du sujet:
Chercher des synonymes et des antonymes, envisager le contraire:
Nuancer et identifier les angles morts
Lister toutes les ressources que j’ai à ma disposition (cf étape 1) pour réfléchir à ce sujet: des histoires personnelles, des exemples culturels, des théories ou analyses qui ont été produites à ce sujet…
Quelques pratiques à adopter:
reformuler l’idée deux ou trois fois, questionner les termes
chercher les synonymes / opposés (de quoi je parle vraiment et de quoi je ne parle pas?)
faire une mini mindmap sur papier pour explorer les ramifications d’une idée
se demander: “que diraient les gens qui pensent l’exact opposé?”
collecter du concret: exemples, situations réelles, anecdotes, théories, études..
4- Structurer
Une fois que j’ai toute cette matière, c’est l’heure du plan! J’adoooore cette étape. D’ailleurs, quand j’ai soumis le plan pour mon livre Cuisiner low-tech (écrit 100% sans IA) à ma maison d’édition, mon éditrice m’a répondu “je n’ai jamais reçu un plan aussi clair et logique du premier coup, vas-y”.
L’idée, c’est simplement de rassembler les idées qui vont ensemble puis d’organiser le raisonnement pour qu’il soit facile à suivre.
La règle d’or, c’est qu’on doit comprendre, à la lecture du plan, votre pensée et sa logique.
Dans le cas des dissertations c’était souvent le fameux plan en 3 parties: oui/non/mais en fait c’est pas ça le vrai problème
Pour un post Linkedin on aura toujours: accroche/développement/conclusion, avec des variations à l’intérieur du développement.
Pour une newsletter c’est encore différent, puisqu’il n’y a pas de contrainte extérieure (mais on fait un plan QUAND MEME).
Quelques pratiques à adopter:
faire un plan (même sommaire) systématiquement
rassembler toutes les idées qui vont dans le même sens dans un bloc et identifier la grande idée qui les rassemble
essayer de suivre la logique de l’idée plutôt qu’un template ou un plan tout fait
5- Rédiger
Une fois qu’on en est là, si on n’a pas sauté d’étape et bien fait tout le travail en amont, écrire devient facile et même plaisant.
Il y a une certaine forme de high (ou état de flow) quand on sait ce qu’on veut dire, comment le dire et qu’on n’a plus qu’à dérouler.
Better than chocolate.
A ce stade, j’ouvre un document, j’y copie-colle mon plan avec des bullet points pour les idées/exemples et là, j’écris sans m’arrêter ni retoucher (important).
Quelques pratiques à adopter:
écrire d’un coup, sans revenir en arrière ni éditer
accepter d’avoir une première version moche: on ne peut pas améliorer quelque chose qui n’existe pas
se chronométrer: selon le projet, ça peut être 15 minutes, 30 minutes ou 1h mais rarement plus
parler à voix haute si écrire nous bloque: il m’arrive de sortir marcher et dicter à mon téléphone mon premier jet (seulement une fois que ma pensée est claire)
6- Editer
Dans l’idéal on laisse passer au moins une nuit entre l’écriture et l’édition, mais si ce n’est pas possible, intercalez au moins une marche ou une activité physique entre les deux.
Quand vous reprenez le texte, ne le regardez plus en tant qu’auteur·ice, mettez-vous à la place du lecteur ou de la lectrice.
Commencez par lire le texte à voix haute: les premières retouches viendront toute seule en faisant ça. Vous entendrez les problèmes de rythme, de répétition, de fluidité…
Ensuite, coupez tout ce qui est en trop: si une idée est répétée deux fois, sauf exception et choix conscient, élaguez.
Simplifiez le langage, ajoutez des transitions, assurez-vous que c’est clair.
Et dans l’idéal, si vous le pouvez, demandez à quelqu’un d’autre de relire pour vous. Rien de tel qu’un peu de recul!
Quelques pratiques à adopter:
relire le lendemain
lire à voix haute
couper sans pitié et traquer les répétitions, les abstractions, les phrases vides ou génériques
simplifier: une idée = une phrase / un paragraphe
si possible: faire relire par un autre cerveau
Et enfin, il faut savoir quand s’arrêter et publier (si c’était votre but).
J’ai la chance d’être née avec la fonctionnalité “mieux vaut fait que parfait” intégrée.
Mais pour celles et ceux qui n’ont pas cette chance: c’est ok de s’arrêter à 80% de la perfection.
Produire du contenu (écrire en particulier) est une pratique qui demande du temps et de l’entrainement. Si vous écrivez, que vous développez votre pensée et que vous faites ça quotidiennement, le reste suivra.
Et l’IA dans tout ça?
Je ne suis pas contre l’IA dans l’absolu mais je ne pense pas non plus qu’on puisse réduire la question à une décision individuelle (”moi j’y vais, les autres vous faites comme vous voulez”) parce que, de fait, l’impact est collectif.
De mon côté, je vais participer le mois prochain au Bootcamp du Fruit Défendu organisé par Thomas Burbidge pour approfondir ma réflexion.
Thomas, c’est l’auteur du livre Sauver sa peau, sa boîte et la planète et c’est aussi mon coach depuis bientôt 2 ans: j’ai toute confiance en sa méthode, son esprit critique et la pertinence de ses réflexions.
Ensemble, on va reposer les bases (comment fonctionnent les LLM, avec quelles conséquences) pour prendre des décisions en conscience, adaptées à nos valeurs et nos business.
Au fil des semaines, on va:
rédiger notre charte d’usage IA: un cadre de décision pour déterminer la place qu’on offre à l’IA dans notre entreprise, pourquoi, et comment ce choix s’articuler avec nos valeurs et nos combats.
créer un environnement de travail souverain: concrètement, on va utiliser l’IA d’une manière qui ne nourrisse pas l’impérialisme du gouvernement Trump et des entreprises de la tech (s’il dit que c’est possible, je le crois)
cartographier nos processus: pour savoir exactement où l’IA peut avoir du sens dans nos entreprises (et où elle n’en a pas)
réaliser un cas d’usage précis: on va mettre en place et tester un cas d’usage spécifique de l’IA qui nous fait VRAIMENT gagner du temps loin des écrans et de la charge mentale pour profiter plutôt de la vie en dehors du travail
développer notre capacité d’auto-défense: en comprenant vraiment l’IA, on sera capable de se défendre face aux “experts” qui jouent sur nos peurs et nos désirs. On sera capables de décider en conscience plutôt que par FOMO.
En tant que membre du mastermind Surf, j’ai un lien affilié. Si vous choisissez de vous inscrire, je percevrai donc une commission de 10% du prix de la vente. Comme ça, c’est dit:)
Et dans tous les cas, avec ou sans IA, il est indispensable de préserver notre esprit critique, notre capacité de réflexion et notre imagination.
C’est un enjeu individuel mais aussi politique et entrepreneurial.
Déléguer sa créativité est le meilleur moyen de filer tout droit à la case “interchangeable” (sans passer par la case départ ni toucher 20 000 francs).
Et nous, on veut se différencier grâce à nos idées.
A très vite,
Lucie.
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